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ENSEMBLE 05 - Page 5

  • Destruction

    La nuit est belle ici ce soir, le ciel est clair, les étoiles, juste quelques nuages,

    Je pense à vous,

    A la destruction méthodique d’un groupe humain,

    A la destruction méthodique des palestiniens,

    A la destruction méthodique des miens,

    La nuit est douce, j’ai la nausée, depuis 4 mois,

    La destruction en cours des palestiniens de Gaza est indéniable, tous les pans du passé, du présent et du futur ont été détruits, cette impression qu’il est déjà très, très tard

    La méthode utilisée a été implacable,

    Elle a un préalable, depuis des années vous avez été tués, niés et déshumanisés, enfermés, privés de vos droits fondamentaux, traités d’animaux,

    La destruction méthodique d’un groupe d’humain,

    La méthode, avec ses étapes,

    La terreur d’abord, l’emploi démesuré, disproportionné, indiscriminé de la force, face à un peuple nu et enfermé, la violence du feu, le fracas des bombes les plus lourdes qui traversent les bâtiments, écroulent les étages, des cibles à l’infini grâce à une nouvelle technologie, l’artificialité d’une intelligence au service de la violence, des corps déchirés, brûlés, écrasés, des familles massacrées

    La méthode, appliquée par étapes,

    Vider des zones entières, pousser les gens, pas n’importe où, pas au hasard, les déplacements massifs et forcés de civils désespérés, vers le sud, c’était stratégique et méthodique, c’était piégé, leur faire croire que c’est sécurisé.

    Ma famille, comme Gaza, est séparée, divisée, en 3. Le nord, le centre et puis ceux du sud à Rafah

    Le Nord est complètement rasé, un champ de béton concassé, mais ou 500 000 personnes survivent encore pourtant, sous la terreur de l’armée qui détruit et qui tue en visant des palestiniens parce que palestiniens, tout simplement, sinon comment justifier le meurtre ciblé des enfants.

    Il y en a tellement. Mais je pense à la photo de ces 2 garçons, 2 frères, le premier qui a été visé par un tir de l’armée avait douze ans, juste sorti devant son palier. Quand son frère a voulu aller l’aider il a été visé à ton tour, les deux corps, l’un sur l’autre, se vidant de leur sang, sous le regard impuissant de leur sœur et de leurs parents.

    Ou la vidéo de ce petit gamin de 2 ou 3 ans, cette semaine, qui tenait fermement la main de sa maman, 2 tirs de sniper, bien visés ; et deux corps immobiles, pour l’éternité.(1)

    Et la famine, partout mais encore plus au nord, une famine forcée, organisée, oui, là encore, méthodique et calculée, une arme de guerre, une arme indiscriminée, les premiers à en mourir, les bébés et les enfants, et des séquelles pour les survivants, compromettant leur vie, leur développement mental, cérébral et nerveux, à tout jamais.

    La destruction d’un système de santé aussi, réduire à néant tout espoir de s’en tirer de la majorité des blessés.

    La destruction méthodique d’un groupe humain,

    Implacable machine à tuer,

    La seule règle qui peut être anticipée, c’est que la situation de Gaza s’aggrave de jour en jour, on croit avoir atteint de l’horreur le sommet, et puis non, c’est encore pire chaque jour, comme la seule règle d’un jeu macabre dont l’objectif est la destruction méthodique d’un groupe humain.

    Le peuple de Gaza vit en enfer

    Notre famille vit en enfer

    Oui ça ressemble fortement à un processus génocidaire

    Notre famille à Rafah comme les autres là-bas, vit dans l’horreur de la peur, la peur d’une attaque sur cette foule massée, la peur suprême d’être déportée, la douleur du présent, l’avenir inexistant, on demande un plan d’évacuation, mais on vous empêche de retourner chez vous au nord dans vos maisons.

    Non, les gens ne quitteront pas leur terre, n’abandonnerons ce qui était leur maison, même effondrée, tout ce qui est fait et sera fait ne fera pas partir les habitants de Gaza.

    Celui qui pense qu’avec la force on peut déraciner un palestinien se trompe.

    Car un palestinien, a une force inconditionnelle, un espoir qui ne meurt jamais.

    Lucile

     (1) on le sait par les vidéos!

  • Bonjour de Gaza la dévastée Bonjour de Gaza l’abandonnée par le silence complice du monde officiel

    Imaginez-vous :
    Des dizaines de milliers de Palestiniens de Gaza mangent actuellement un repas tous les trois ou quatre jours
    Il n' y a rien sur les marchés de Gaza
    Les parents restent toute la journée dans les marchés pour chercher à quoi nourrir leurs enfants, et souvent ils rentrent les mains vides.
    Le problème qu'il n'y a aucune organisation internationale ou association locale ou des personnes solidaires qui s'occupent de ces personnes déplacées et sans-abri, devenues démunies et dans le besoin.
    Les aides humanitaires internationales n'entrent pas dans le nord de la bande de Gaza notamment.
    Terrible !
    La souffrance s’accroît pour tous les habitants de cette région détruite par l'occupation.
    Les groupes de solidarité avec la Palestine et les personnes de bonne volonté partout dans le monde qui proposent des aides et des dons pour les citoyens de Gaza, je vous remercie beaucoup et je vous informe que tout est fermé à Gaza.
    Tout est bloqué actuellement.
    Les banques et les agences bancaires sont fermées depuis plus de quatre mois.
    La vie est paralysée totalement.
    Il faut se méfier de quelques arnaqueurs qui essaient de profiter de cette situation horrible pour toute la population civile.
    La communauté internationale officielle devrait bouger pour sauver la vie de ces palestiniens toujours vivants qui sont en train de supporter l'insupportable et de survivre devant une situation humanitaire catastrophique et qui sont en train de mourir de faim et de bombardements poursuivis jours et nuits depuis 125 jours.
    Jusqu'à quand ?
     
    Ziad Medoukh
    Le 6 février 2024

  • Texte de Sofia, 17 ans franco-palestinienne de Gaza, lu le 20 janvier 2024, à Gap, au rassemblement pour une paix juste et durable entre israéliens et palestiniens.

    Parce que parfois se taire c’est cautionner la violence et le non droit. Parce que parfois garder le silence c’est être complice de la violence. Une fois de plus ici, je prends la parole. On veut faire taire les souffrances de tout un peuple, alors je prends la parole haut et fort pour dénoncer. Mais en toute honnêteté, les mots me manquent, de plus en plus. Les mots s’essoufflent face à l’horreur.

    Où est passée l’humanité ? Comment peut-on oublier si rapidement le cours de l’histoire et ses sombres pages ? Une fois de plus allons nous laisser l’histoire de l’humanité se noircir ?

    Gaza est sous les bombes depuis plus de 100 jours, depuis plus de 100 jours c’est l’enfer qui s’abat sur ceux qui sont enfermés là-bas. 100 jours sans une seule seconde de répit, de sécurité, 100 jours sans véritable nouvelle, 100 jours d’effroyable terreur et de massacre, de cris, de violence extrême.

    L’intention de génocide est avouée pleinement par le gouvernement d’Israël. Ainsi n’est-ce pas là la phase finale de la destruction des derniers vestiges de vie palestinienne ?

    Pourquoi et comment face à ces horreurs les hommes se taisent, comme effrayés par l’argent et la puissance des fanatiques qui mènent le massacre, violant un peu plus les droits fondamentaux chaque jour, et entrainant une descente aux enfers plus profonde pour chaque civil présent dans la bande de Gaza, devenue l’enclave de la mort.

    Je souhaite éveiller ne serait ce qu’une conscience avec mon texte. Un enfant est tué toutes les 10 minutes à Gaza, les hôpitaux sont visés, les journalistes internationaux y sont interdits d’accès pour témoigner, le manque d’eau, de nourriture d’hygiène viennent à bout des dernières personnes qui n’ont pas encore été visées

    Ma famille fuit la mort depuis plus de 100 jours à Gaza, cette semaine plus que jamais elle les a effleurés.

    Mercredi, nous avons eu un appel de quelques secondes de mon oncle : il ne savait pas ce qui se passait, les israéliens étaient revenus autour de l’école où ils s’étaient réfugiés, des chars et des tanks les encerclaient. Et puis plus rien, plus de bruit, seule la peur restait au bout du fil, tout a coupé.

    C’est seulement 24 heures après que l’on a eu un nouvel appel de quelques secondes encore : ils étaient en train de fuir encore une fois car l’école avait été attaquée par les chars, il y avait eu des morts ; quelques secondes avant une nouvelle coupure d’appel. Ils avaient pris la fuite une fois de plus, laissant derrière eux les autres familles avec qui ils ont vécu durant 20 jours, des familles unies par le même désir de survivre. Cette fuite les a sauvés car ils ont appris ensuite, que dans l’école où ils étaient et où des familles étaient réfugiées il y a eu non seulement des morts mais ensuite tous les garçons et les hommes ont été emmenés par l’armée sous les yeux de leurs filles, de leurs mères, de leurs sœurs et de leurs tout jeunes enfants.

    Cela s’est joué à une heure prés. Je ne peux même pas imaginer la peur effroyable qu’ils ont dû éprouver en prenant la fuite. D’imaginer ma cousine de bientôt 6 ans, mes cousins un peu plus jeunes que moi, être témoins des bruits, des cris, du sang, me mets en rage et me hante.

    Pour les civils palestiniens fuir n’est plus une solution à leur souffrance, où qu’ils aillent les israéliens bombardent.

    Gaza qui était de son triste nom connu pour être une prison à ciel ouvert… Aujourd’hui, ce n’est plus une prison mais un abattoir.