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ENSEMBLE 05 - Page 11

  • Tous les soirs, à 20 h, … … nous applaudissons … mais …

    Ma maman est décédée à l'hôpital de Valence en juillet 2019. Après un passage difficile (oserais-je dire inhumain ?) dans un service des Urgences comme à l’accoutumé débordé (et encore, elle a eu la chance cette fois de passer très vite d’un brancard à un lit) elle y a été très bien accueillie et soignée, mais, à 93 ans, bien fatiguée, elle s’est éteinte tout doucement.
    A ce moment là, on pouvait encore entrer dans les hôpitaux et rendre visite à ses proches malades. Et on ne pouvait manquer de voir des grandes banderoles accrochées aux grilles de l'entrée et au fronton de l’établissement : « Hôpital en grève ! » et « Urgences en grève. »
    Trois mois qu’elles étaient posées là par les personnels soignants et leurs syndicats (appel national de la CGT, de FO, de Sud et la CFE-CGC). Huit mois après, en ce moment de crise épidémiologique, el-les y sont toujours. Car, mis à part quelques beaux discours, quelques aumônes financières (des rustines sur un pneu usé proche de l’éclatement) de l’ancienne Ministre de la Santé (celle qui savait pour le Covid 19, mais qui n’a rien dit et qui s’est vite carapatée) rien depuis n’a évolué dans leurs revendications. Et ce n’est pas nouveau, cela fait 20 ans que les gouvernements successifs, de la Droite de Sarko, à la ni Droite-ni Gauche de Macron, en passant par la pseudo Gauche d’Hollande agissent ainsi. Tous continuant à cas-ser ou à privatiser le service public de santé et ses personnels.
    Ces derniers se battent. Soutenus par l’opinion publique. A la question « Quel métier admirez-vous et respectez-vous le plus ? » les français plébiscitent à chaque fois les soignants, infirmiers et urgen-tistes en tête. Et compatissent.
    Mais la compassion ça leur fait une belle jambe à ces soignants. Ils fatiguent. Sous la pression, l’hôpital fissure de partout. On colmate comme on peut grâce à l’abnégation et au dévouement des per-sonnels. A leur immense professionnalisme.
    Cela déborde de partout. Un exemple parmi d’autres, un w.e. du printemps 2019, à l'hôpital Saint-Antoine à Paris. « 15 paramédicaux sur 19, épuisés par leurs conditions de travail, n'ont pas pu prendre leur poste » et « trois paramédicaux de l'équipe de jour ont dû rester pour continuer de prendre en char-ge les patients », travaillant ainsi « 18 heures d'affilée » en attendant « la relève de l'équipe du lendemain (Le Parisien) ».
    Ça va craquer. Et ça craque.
    Tout commence le 13 janvier dernier à l'hôpital Saint-Antoine justement, quand un patient frappe deux infirmiers et une aide-soignante, entraînant une incapacité temporaire de travail (ITT) de huit jours pour chacun d'entre eux. Le 18 mars, le service des urgences de cet hôpital entame une grève illimitée, soutenue par la CGT, FO et SUD. Dans la semaine qui suit 21 services de la région parisienne les rejoi-gnent.
    Le mouvement s’élargit très vite aux autres services d’urgence du pays. A partir du 18 mars, plus de 150 lieux sont impactés. Les grévistes s'indignent du manque de moyens alors que le nombre de patients pris en charge aux urgences est passé de 10 millions en 1996 à 21 millions en 2016. Les chirurgiens, les chefs de service et même certains grands patrons de ces hôpitaux soutiennent voire rejoignent le mouve-ment. Du jamais vu.
    Les infirmières valentinoises font le buzz avec l’enregistrement de « Ya d’la colère dans le cathé-ter » qui permet de populariser le mouvement qui est très bien perçu dans l’opinion publique. Les bande-roles s’installent. Les premières manifestations s’organisent.
    « On demande plus d'effectifs, 10 000 équivalents temps plein exactement, zéro hospitalisation sur des brancards, aucune fermeture de ligne de Samu ainsi qu'une prime de 300 euros mensuels nets en re-connaissance de la pénibilité de notre travail », précise Candice Lafarge du collectif Inter-Urgences.
    Rien de sérieux ne vient les rassurer. Au contraire, en décembre, ils se retrouvent parmi les pre-miers impactés par la Réforme des Retraites. Qui en rajoute sur le ras le bol. L’année 2019 passe, les ban-deroles sont toujours là. Le mouvement de grève se dilue dans les infos des médias. Disparait. D’autant plus que les personnels sont réquisitionnés et que contrairement à d’autres professions, ils ne nous gênent pas, nous les usagers, nous qui les applaudissons aujourd’hui.
    2020 commence mal. Le 17 janvier « le gouvernement oppose une fin de non recevoir au Collec-tif Inter Hôpitaux malgré plusieurs mois de grève dans les services d’urgences, un mouvement de mobili-sation national et plus de 1200 démissions de chefs de service. (CGT UFMICT Santé) »
    Le mouvement s’apprête à fêter (si l’on dose dire) un an de grève continue quand la France se re-trouve en quarantaine. Et les personnels soignants au premier rang du combat. Et avec des situations qui de plus que précaires sont appelées à devenir catastrophiques.
    Le 15 mars, le Président Macron s’adresse aux français. Du grand art de la politique à la brosse à reluire : « Je compte évidemment aussi sur tous nos soignants. Je sais tout ce qu'ils ont déjà fait, je sais ce qu'il leur reste à faire. Le Gouvernement et moi-même serons là, nous prendrons toutes nos responsabilités pour eux. Je pense à tous nos soignants à l'hôpital, qui auront les cas les plus graves à traiter mais aussi beaucoup d'urgences. Je pense aux médecins, aux infirmiers, aux infirmières, à tous les soignants qui sont aussi hors de l'hôpital qui se sont formidablement mobilisés et que nous allons de plus en plus solliciter dans les semaines à venir.
    (…) Le ministre de la Santé aura l'occasion aussi de préciser, dans les prochaines heures, les règles pour que nous vous aidions à bien vous protéger contre le virus. C'est le respect que nous avons envers vous, et c'est évidemment ce que la Nation vous doit. … »
    Et de conclure ainsi son discours : « Il nous faudra demain tirer les leçons du moment que nous traversons, interroger le modèle de développement dans lequel s'est engagé notre monde depuis des décennies et qui dévoile ses failles au grand jour, interroger les faiblesses de nos démocraties. Ce que révèle d'ores et déjà cette pandémie, c'est que la santé gratuite sans condition de revenu, de parcours ou de profession, notre Etat-providence ne sont pas des coûts ou des charges mais des biens précieux, des atouts indispensables quand le destin frappe. Ce que révèle cette pandémie, c'est qu'il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché. Déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner notre cadre de vie au fond à d'autres est une folie. Nous devons en reprendre le contrôle …. »
    Les infirmiers, les aides-soignants, les médecins des services hospitaliers et d’ailleurs, les comités de défense du service public hospitalier, les syndicats, les élus des zones rurales où on ferme maternités, urgences et soins ambulatoires, toutes celles et tous ceux qui ont soutenu les grévistes, pétitionné, mani-festé, tous n’en croient pas leurs oreilles. Vingt ans qu’ils le proclament. Vingt ans qu’on leur rit au nez, vingt ans que tout s’effondre.
    La preuve, les masques chirurgicaux, la plus simple et plus élémentaire protection du personnel soignant, même ça on n’est pas foutu de leur en fournir. Pourtant on les avait. On avait bien assuré la quantité pendant l’épidémie du H1n1. Mais, un jour des politiques (irresponsables, incompétents ou les deux ?), des administrateurs (fossoyeurs financiers), appuyés par les brillantes analyses des "sachant" et autres "experts" divers, ont décidé qu’on n’en avait pas besoin d’autant. Et ils ont coupé les cordons de la bourse. Rendront-ils des comptes ces gens là ?
    La situation devient intenable. La France 29ème nation au PIB par habitant (à égalité avec le Royaume Uni, devant le Japon), la France doit, comme un indigent pays du Tiers Monde, faire appel à l’aide internationale.
    Et c’est dans cette situation, à l’appel des "réseaux sociaux", tous les soirs à 20 heures, beaucoup d'entre nous se mettent sur leur balcon, à leurs fenêtres et applaudissent chaleureusement pour remercier ceux d'entre nous qui, par leur métier, sont au premier rang sur le front du combat contre le coronavirus. Nombreux, je le pense, sont de bonne foi. Nombreux aussi se donnent bonne conscience. La solidarité s’affiche pendant deux ou trois minutes, tous les soirs.
    Cela se passe dans les villes, dans les villages, dans les médias, sur les réseaux sociaux, dans l’hé-micycle du Sénat, …
    Combien sommes-nous à cet instant. Deux millions ? Cinq millions ? Plus ? Allez disons dix. Dix millions !
    Dix millions qui manifestent leur soutien … Enfin ! Parce que je n’ai pas souvenir que nous ayons été dix millions de personnes dans les rues lors des manifestations organisées depuis un an par les personnels des hôpitaux, leurs collectifs, leurs syndicats.
    Mais la situation exceptionnelle que nous vivons nous a ouvert les yeux. Et comme notre prési-
    dent l’a dit nous venons de prendre conscience que « Ce que révèle d'ores et déjà cette pandémie, c'est que la santé gratuite sans condition de revenu, de parcours ou de profession, notre Etat-providence ne sont pas des coûts ou des charges mais des biens précieux, des atouts indispensables quand le destin frappe. Ce que révèle cette pandémie, c'est qu'il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché. »
    L’engagement auquel le Président nous appelle est fort. La Nation l’a compris. Par leurs applau-dissements les français plébiscitent cet avenir.
    Alors, bien sûr, on sait tous que le Président et son gouvernement dans cette période de crise, d’angoisse, de peur, doivent rassurer le français lambda. Pas facile certes de gérer en ce moment, on le reconnait. Mais ils ont tous choisi d’y aller. Pour le meilleur (de leur carrière et de leur égo) et pour le pire.
    Alors ils communiquent. Se déculpabilisent. « Ce n’est pas nous, ce sont ceux qui avant … » En occultant le fait qu’ils y étaient déjà avant. Ils font de belles phrases. Envahissent les écrans. Essaient de rassurer. Justifient. Brassent. Crawlent. Dénoncent. Ils disent qu’ils ont compris. Qu’ils vont changer tout ça.
    Et ils promettent. Ils promettent. Le beurre, l’argent du beurre et même la laiterie et les vaches avec.
    Et pendant ce temps (une semaine de confinement déjà) les masques n’arrivent toujours pas.
    Nos politiques, nos énarques, nos décideurs, appuyés par les "sachant" et autres "experts" divers nous le disent tous : « Il y aura un avant et un après mars 2020. » Voila ce que retiendra l’Histoire du gouvernement Macron (2017-…).
    Et après ?
    Nos politiques seront-ils enfin à la hauteur ? Une fois les hommages aux disparus (malades, combattants) terminés, une fois la guerre gagnée, … un conseil de la Libération se mettra-t-il en place ? Un nouvel Ambroise Croizat apparaitra-t-il ? Un plan Santé digne de notre Nation sera-t-il enfin instal-lé ? La solidarité, celle que nous applaudissons tous les soirs, sera-t-elle enfin mise en place ?
    Et on verra enfin disparaître les banderoles
    Ou, encore une fois, une fois … politiques, énarques, décideurs, "sachant" et autres "experts" di-vers, toujours bonimenteurs, hypocrites, égoïstes, … « Paroles, paroles, paroles … » « Les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent. (Chirac ? Pasqua ? Henri Queuille ?) »
    Très vite on verra si c’est ce deuxième chemin qui se dessine. Si c’est le cas, …
    N’en doutons pas, les soignants se remobiliseront encore plus fort. Ils repartiront au combat, non pas contre une pandémie mais contre les assassins et les fossoyeurs du Service Public de Santé en Fran-ce. Ils appelleront à la grève, au rassemblement, à la manifestation …
    Et n’en doutons pas, nous tous, les dix millions qui les applaudissons tous les soirs à 20 h, tous nous les rejoindrons dans leur combat.
    Dix millions dans la rue. Chiche ?
    Ou alors … on a les élus qu’on mérite … nous aussi, dix millions, … bonimenteurs, hypocrites, égoïstes, … arrêtons d’applaudir.
    Le 23 mars 2020.
    Christian

  • Le 05 hors la loi.

    Le département des Hautes-Alpes est hors la loi. Son service « Aide sociale à l’Enfance (ASE) » refuse d’intégrer six jeunes personnes migrantes que le juge a reconnu mineur.es et qui ont reçu une lettre de placement à l’ASE.

    Lors de la grande vague migratoire de l’été 2017, l’assemblée départementale avait voté la suppression des tickets restaurants pour les jeunes migrants. Ensuite, elle avait tout fait pour diminuer les « coûts » de l’application des lois internationales concernant l’accueil des jeunes mineur.es non accompagné.es. Aujourd’hui, dans une situation de pandémie, le département s’assoie carrément sur ses obligations légales, bafoue la justice et laisse des jeunes volontairement à la rue. L’État a-t-il encore une autorité quelconque pour faire appliquer les décisions de justice ? Où sommes-nous entrés dans l’ère de la fragmentation et l’indépendance des départements ? Nous demandons simplement l’application de l’État de droit et que ces jeunes soient accueilli.es à l’ASE.

     

    Ensemble-PACG

  • Covid-19: le sort de l'épidémie est entre nos mains

    Qu’est-ce que Covid-19 et le coronavirus ? Quels sont les paramètres, les causes, les effets de cette maladie ? Quelles perspectives à court et à long terme ? Spécialiste des maladies infectieuses, Philippe Sansonetti explique pourquoi le sort de l’épidémie est entre nos mains.

    On croit difficilement aux fléaux lorsqu’ils vous tombent sur la tête.
    – Albert Camus, La peste

    Ce texte est tiré de la conférence prononcée par Philippe Sansonetti au Collège de France le 16 mars 2020

    Covid-19 est un fléau ; il est urgent et vital pour notre société de s’en convaincre. Il n’est pas trop tard, mais le temps presse.

    C’est la troisième émergence d’un coronavirus en moins de vingt ans. Il y a eu le SRAS en 2003, le MERS en 2012, et maintenant le Covid-19. À chacun de ces épisodes, on s’est inquiété, puis rassuré, et pas grand-chose n’est arrivé ensuite pour prévoir et anticiper, en termes de thérapeutique et de vaccin. Aujourd’hui, en l’absence de traitement et de vaccin, l’évolution de cette épidémie est entre nos mains.

    Charles Nicolle (1866-1936), qui fut professeur au Collège de France et directeur de l’Institut Pasteur de Tunis, écrivait dans Destin des maladies infectieuses (1933) :

    Il y aura donc des maladies nouvelles. C’est un fait fatal. Un autre fait, aussi fatal, est que nous ne saurons jamais les dépister dès leur origine. (... 

    La connaissance des maladies infectieuses enseigne aux hommes qu’ils sont frères et solidaires. Nous sommes frères parce que le même danger nous menace, solidaires parce que la contagion nous vient le plus souvent de nos semblables. Nous sommes aussi, à ce point de vue, quels que soient nos sentiments vis-à-vis d’eux, solidaires des animaux, surtout des bêtes domestiques.

    C’était une anticipation de tous les phénomènes d’émergence qui allaient survenir au XXe et maintenant au XXIe siècle.

    Qu’est-ce que le coronavirus ?

    Les coronavirus sont une immense famille de virus, qui sont des virus à ARN (acide ribonucléique), à simple brin « positifs », ce qui signifie que cet ARN est traduit directement en protéines qui forment à la fois la structure et toute l’ingénierie de réplication et de multiplication de ce virus. C’est une très grande famille, avec laquelle nous vivons en permanence, puisque les Alpha-coronavirus sont présents chez les mammifères, dont l’homme, c’est une cause chez les enfants en particulier de maladies respiratoires et intestinales bénignes : de ce point de vue, il n’y a ici rien de nouveau en matière d’étiologie de ce type de maladie. Le problème est que d’autres coronavirus de cette famille, les Bêta-coronavirus, sont plutôt adaptés aux mammifères, en particulier à la chauve-souris qui en est le réservoir primaire, mais assez peu adaptés à l’homme ; ce qui fait que lorsqu’ils passent chez l’homme, on peut voir des collisions et des dégâts, liés à cette rencontre entre un micro-organisme et un hôte qui ne sont pas adaptés l’un à l’autre. D’autres membres de cette famille, les Gamma et Delta-coronavirus sont présents chez les oiseaux et les poissons, et pour l’instant en tout cas ne nous ont pas concernés en matière d’émergence.

    L’identification du virus

    Nous devons aussi relever les aspects positifs dans ce qui se passe aujourd’hui, aspects qui par moments passent au second plan. Le premier d’entre eux, c’est la rapidité très inhabituelle avec laquelle cette épidémie a été initialement détectée dans la ville de Wuhan en Chine, dès que les médecins ont noté ces cas bizarres de pneumopathie, dont certains déjà graves. Le diagnostic qui, il y a encore dix ou vingt ans, aurait pris des semaines, voire des mois parce qu’il fallait isoler le virus et l’identifier, a été établi par des méthodes moléculaires en quelques jours sinon en quelques heures, grâce au progrès du séquençage profond dit de nouvelle génération, et de la bio-informatique qui a permis d’identifier tout de suite cet ARN étranger dans les échantillons de ces individus infectés, et de développer en temps réel le système d’amplification spécifique de ces virus, de manière à produire très rapidement un diagnostic et d’initier les études épidémiologiques. C’est à mettre en regard avec les mois ou les années qui furent nécessaires pour identifier le virus du sida il y a trente ans, quand il a fallu passer par des méthodes classiques de virologie, qui consistent à cultiver le virus. Le diagnostic moléculaire a révolutionné la situation, et malgré les retards initiaux à prendre conscience et à communiquer sur cette épidémie, on peut rendre hommage aux médecins et biologistes chinois qui ont réussi à identifier le virus très rapidement.

    L’extension pandémique du virus

    On est passé rapidement des « clusters » à une situation épidémique sur l’ensemble du pays : le problème n’est plus le blocage des frontières ou d’autres idées archaïques. Les frontières sont aux portes de notre appartement.

    La carte de l’extension des foyers actifs de la pandémie montre une sorte de ceinture qui correspond aux latitudes de nos régions européennes (et des régions correspondantes de l’hémisphère sud, par exemple en Australie), et pour l’instant assez peu de cas dans les pays du Sud, dans les zones intertropicales. Certains attribuent cet effet au climat ; on aimerait que cela soit le cas, car cela pourrait signifier qu’avec « le réchauffement de la température au printemps », comme le dit D. Trump, les choses peuvent s’arranger – mais ce n’est pas une base scientifique solide. Il y a néanmoins probablement d’autres raisons, qui ne sont pas encore claires, j’y reviendrai.

    C’est donc bien une pandémie : on n’en est plus à la recherche du cas zéro et à la reconnaissance des chaînes de transmission.

    Les paramètres de l’épidémie

    Quels en sont les paramètres ? Le R0 (taux de reproduction de base), c’est le nombre moyen d’infections secondaires produites lorsqu’un individu infecté est introduit dans une population où l’ensemble des individus sont sensibles. Si le R0 est inférieur à 1, il n’y a pas de situation épidémique ; dès qu’il est supérieur à 1, il y a épidémie. Dans le cas de Covid-19, ce nombre se situe entre 2 et 3. C’est donc bien une situation épidémique typique. Pour la grippe espagnole de 1918-1919, le R0 était de 2, 3 ; la tuberculose, c’est 10, donc extrêmement contagieux ; la rougeole, de 12 à 18.

    La durée d’incubation est de 5 à 6 jours. Il existe cependant des incubations plus longues, jusqu’à 14 jours, d’où la durée d’isolement requise. L’intervalle intergénérationnel, c’est-à-dire le temps qui se passe entre le moment où la personne infectée rencontre une personne naïve (vierge de tout traitement) et le moment où celle-ci va développer la maladie, est de 4 à 7 jours. Le fait que ces deux paramètres soient presque identiques montre que les malades sont contagieux dès le début, contrairement à ce qui se passait pour le SRAS en 2003 où la contagion ne se manifestait qu’avec le pic de virémie après plusieurs jours d’évolution. Ici au contraire le virus est très fortement contagieux : les gens transmettent alors qu’ils sont encore asymptomatiques, ou commencent à avoir de petits symptômes qui n’inquiètent pas, alors qu’ils devraient déjà s’isoler le plus rapidement possible.

    Le taux d’attaque (le nombre d’individus nouvellement infectés par rapport à l’ensemble de la population naïve) est élevé (bien supérieur à la grippe saisonnière). Nous n’avons, par définition, pas encore de chiffres sur le pourcentage de la population française qui pourra être réellement infectée.

    Dans les formes graves, qui sont environ 10 à 15 % des cas, les hospitalisations sont en moyenne de l’ordre de 11 +/- 4 jours (entre 7 et 15 jours), ce qui menace comme on sait notre système de santé.

    C’est donc une maladie à fort potentiel épidémique, avec mise en tension majeure du système sanitaire, et c’est ce qui a décidé les autorités à mettre en place des stratégies pour atténuer l’évolution de la maladie. Cela est parfaitement justifié.

    Taux de mortalité

    Le taux de mortalité est relativement faible. Quand on fera le bilan complet de cette pandémie, on s’apercevra fort probablement qu’il était de 1 à 2 %. Il paraît plus élevé dans les périodes d’accélération de l’épidémie comme c’est le cas actuel en France, pas nécessairement parce que les maladies sont plus graves dans cette période, mais simplement parce qu’on court après les chiffres : les chiffres de mortalité sont indiscutables, tandis que les chiffres de personnes infectées par le virus sont toujours bien supérieurs à ce qu’on peut observer. Au Royaume-Uni les spécialistes disent qu’il y a probablement 10 fois plus de sujets infectés que de cas confirmés, d’autant plus qu’il y a sans aucune doute une immense majorité de formes bénignes de cette maladie, ce qui gêne considérablement l’appréciation du taux de mortalité. Mais ce taux de mortalité pourrait augmenter dans cette situation que nous traversons de mise en tension du système médical, et de disponibilité de lits de réanimation. 1 % de mortalité, 10 % de cas sévères, ce n’est pas énorme statistiquement, mais rapporté au nombre de cas d’infection, compte tenu de la transmissibilité et de l’infectiosité du virus, cela peut commencer à faire des valeurs absolues importantes qui peuvent mettre en danger notre système de santé. C’est ce qui légitime cette politique d’atténuation.

    Le saut d’espèce et la responsabilité humaine

    Coronavirus

    Le nom de coronavirus vient de la Protéine S (S pour spike), qui assure la liaison avec le récepteur et qui a une forme de couronne à la surface du virus, en particulier dans le tissu pulmonaire.

    L’arbre phylogénique montre que le SARS-CoV-2, le nom officiel du virus de Covid-19, est très proche de celui du SRAS de 2003 et du MERS de 1012 ; et les maladies se ressemblent considérablement. L’origine est proche : les chauve-souris sont le réservoir du coronavirus. Le domaine est donc relativement connu, et l’on peut appliquer les progrès réalisés lors des maladies précédentes, même si aucun vaccin ou aucune thérapeutique n’en sont malheureusement sortis.

    Le Covid-19 est un cas d’école d’émergence infectieuse, qui est dû à un saut d’espèce (« zoonose »). Depuis des dizaines d’années maintenant on assiste à ces zoonoses, en particulier dans les régions tropicales (Ebola, par exemple) : ce sont des virus adaptés aux espèces animales qui passent dans l’espèce humaine ; de là plusieurs scénarios.

    Soit le virus est mal adapté et a peu de capacités de muter et donc de s’adapter pour s’y stabiliser. L’infection humaine est abortive : l’adaptation est mauvaise, et il n’y aura pas de transmission interhumaine ; chez le premier individu concerné le processus va s’arrêter. Le processus peut cependant donner lieu à des maladies éventuellement graves comme ce fut le cas pour la grippe aviaire H5 N1, due à des cas de transmission directe de l’oiseau à l’homme, avec une mortalité très élevée, de l’ordre de 60 %, mais sans transmission interhumaine.

    D’autres virus sont en revanche mieux adaptés d’emblée à ce passage de l’animal (notamment mammifère) à l’homme, et l’enzyme qui réplique ce brin d’ARN fait beaucoup d’erreurs, ce qui génère des mutations qui augmentent les chances d’adaptation du virus. C’est le cas du SARS-CoV-2, qui est passé relativement facilement de la chauve-souris à l’homme via un mammifère, réservoir intermédiaire. C’est donc un cas typique. La maladie était plus grave et le taux de mortalité plus important dans le SRAS (10 %) et le MERS (35 %). Ici, le virus donne moins de pathologies graves, mais on a une sorte d’équilibre (trade off) : étant moins virulent, il est plus transmissible. Cet équilibre est extrêmement important pour définir le profil de la maladie.

    Le réservoir naturel, ce sont certaines espèces de chauve-souris : il est impressionnant de voir jusqu’à quel point ces animaux sont capables de porter ces virus émergents, comme les corona. C’est le cas probablement d’Ebola, et du virus Nipah en Malaisie, apparu à la fin des années 1990 : parce que le comportement humain modifie les conditions écologiques, ces chauve-souris entrent en contact avec des animaux susceptibles eux-mêmes de subir ce saut d’espèce et de répliquer ce virus. Se crée alors une zone de risque autour de l’homme, puisque tout contact de l’homme avec ces animaux réservoirs peut éventuellement donner lieu à un saut cette fois dans l’espèce humaine, et à la survenue de la maladie. Dans le cas du SRAS de 2003, on considère, avec de fortes présomptions, que l’animal intermédiaire, au-delà de la chauve-souris, était la civette palmée, félin particulièrement fréquent en Asie (primitivement dans l’Himalaya) ; pour le MERS, c’était le chameau. Cela n’est pas propre aux coronavirus. Pour Ebola, le cycle passe probablement par les grands singes. Tout le problème étant la transmission de l’homme à l’homme, une fois le saut d’espèce accompli.

    Pangolin (fourmilier)

    Pour le SARS-CoV-2, on pense que l’animal est le pangolin (autrefois nommé le fourmilier) dont de nombreux travaux ont montré que le virus était très proche de celui qu’on observe chez l’homme ; et ce qui montre que ces maladies émergentes sont l’effet du comportement humain, c’est le trafic de ces animaux : on estime qu’environ un million de pangolins passent de leur territoire africain en Asie, parce que les populations asiatiques sont friandes de leur viande ainsi que de leurs écailles. La composante humaine joue un rôle dans toutes les maladies émergentes : ces petits animaux étaient vendus sous l’étal dans ce marché aux poissons de Wuhan et c’est là que les personnes se sont contaminées.

    Quand on est retourné après l’épidémie de SRAS sur les marchés vendant des civettes, on a constaté que 70 % des marchands étaient séropositifs au coronavirus. On voit donc qu’il existe des zones de passage permanentes pour le saut d’espèce, et puis parfois, d’un seul coup, parce que le virus a muté, qu’il a acquis un petit fragment de génome supplémentaire, il devient parfaitement adapté au passage chez l’homme. On est donc constamment menacé par ces maladies émergentes. Ce sont des maladies d’anthropocène : pour l’essentiel voire exclusivement, elles sont liées à la prise en main de la planète et à l’empreinte que l’homme y laisse. Ce qui est valable pour le climat, pour l’environnement, est tout aussi valable pour les maladies infectieuses, en particulier émergentes, et les trois sont liés.

    Il y a donc une histoire en trois épisodes : 1/ ces accidents de sauts d’espèce, 2/ le débordement éventuel, si le saut d’espèce remplit le cahier des charges et que l’homme peut être infecté et transmettre à d’autres individus, et 3/ l’explosion pandémique, du fait des transports intercontinentaux.

    Amplification par échanges nationaux / internationaux

    (4 milliards passagers aériens en 2019, IATA)

    La carte des foyers d’infection et celle des vols aériens intercontinentaux (de l’ordre de 4 milliards en 2019) se recouvrent à 100 %. On voit donc bien quel est le rôle des transports dans la transmission et l’expansion de ces épidémies qui deviennent alors des pandémies. Après, viennent peut-être se greffer des aspects environnementaux, de température pour les régions du sud, peut-être aussi un retard au diagnostic, mais la comparaison des vols et des foyers d’infection est frappante.

    Eco-pathologie des beta-coronavirus

    Le récepteur des coronavirus SARS-CoV-2 et 1, est une enzyme accrochée à la surface des cellules, notamment pulmonaires, pneumocytes et endothélium, de l’endocarde, du rein, du foie et de l’intestin. Il est étonnant qu’un virus ait sélectionné comme récepteur l’enzyme de conversion de l’angiotensine II, une enzyme importante dans la régulation de la tension artérielle : c’est elle qui assure la tension vasculaire qui génère la pression artérielle.

    C’est ce qui peut expliquer la gravité de la maladie : la pneumopathie, éventuellement sévère, dans une forme ultime qui est le syndrome de détresse respiratoire aiguë (SDRA) que l’on observe chez des sujets plutôt âgés, à partir de 60 ans, chez ceux ayant des co-morbidités chroniques : diabète, hypertension artérielle, insuffisance cardio-respiratoire, immuno-suppression chronique, ce qui entraîne l’œdème et l’inflammation destructive des alvéoles pulmonaires, impliquant la nécessité de la réanimation. Ce qui est concerné par le virus, est la barrière alvéolo-capillaire, c’est-à-dire la zone d’échange d’oxygène entre les cellules de l’alvéole pulmonaire, qui assurent cette diffusion de l’oxygène à partir de l’air inspiré et les hématies des capillaires pulmonaires. Si ce système est altéré, on observe ces problèmes respiratoires qui vont éventuellement nécessiter la réanimation.

    Les signes de cette forme aggravée de la maladie sont des signes inflammatoires classiques, ce qu’on appelle « l’orage cytokinique » : une augmentation importante des cytokines et chimiokines proinflammatoires. Ce qui est moins classique c’est ce SDRA, avec cette destruction de la barrière alvéolo-capillaire ; cela arrive rarement, mais c’est là qu’il faut intervenir le plus rapidement possible pour pourvoir à l’alimentation de l’organisme en oxygène. Le SDRA peut aussi survenir chez des individus plus jeunes, en phase de guérison, ce qui peut être lié à la réponse immunitaire.

    Les réponses immunitaires adaptatives, spécifiques au virus, sont encore mal connues. On sait est que ce virus est assez vicieux : il a tendance à annihiler, sans que l’on sache pourquoi ni avec quels effecteurs, cette réponse immunitaire : probablement a-t-il « appris » à le faire chez la chauve-souris.

    L’avenir est entre nos mains

    L’avenir de cette pandémie de Covid-19 est entre nos mains. Nous avons à notre disposition la prévention et le traitement symptomatique des formes graves. C’est tout, pour l’instant, ce dont nous disposons. La prévention actuelle est basée sur cette notion nouvelle de distanciation sociale (chacun à un mètre l’un de l’autre, etc.) et l’hygiène individuelle des mains sur laquelle j’insiste : la contamination peut se faire par exposition à des gouttelettes émises par des patients malades éternuant ou toussant. Mais il semble que dans l’immense majorité des cas, les mains contaminées soient le réel vecteur, soit par contact avec un patient infecté, soit indirectement par contact avec une surface sur laquelle ces gouttelettes se sont trouvées déposées et où le virus semble pouvoir survivre plusieurs heures. Donc, pas d’embrassades, pas de mains serrées et hygiène absolue des mains et éviter de porter ses mains au visage tant que le lavage ou l’utilisation de gel hydro-alcoolique n’a pas été effectué. Il faut être extrêmement prudent à ce sujet et constamment en veille pour se protéger, soi et la collectivité.

    Les objectifs sont d’écraser le pic épidémique de manière à préserver notre système sanitaire, à ne pas l’engorger avec des malades en état grave. Le problème est que les mesures qui ont été déclinées jusqu’à présent ont été manifestement insuffisantes, comme on l’a vu en Italie. Il faut alors en arriver à l’isolement, au confinement à domicile, ce qui relève du bon sens compte tenu de la dynamique intrinsèque de l’épidémie. Il faut prendre conscience de la gravité de la situation. On peut toujours penser que ça ne tombera pas sur soi. La seule bonne nouvelle est que les enfants de 0 à 9 ans ne sont pas touchés. Mais l’effet collectif est très important. Nous sommes tombés en quelques jours dans un autre monde. Il faut changer notre logiciel. Ce à quoi nous tenions hier, notre activité quotidienne, nos loisirs et nos travaux, il faut le peser par rapport à la gravité de la situation. Le bon choix malheureusement, dans l’immédiat, est à la réduction des activités et à l’isolement maximum entre les personnes. Plus l’épidémie progressera, plus le contrôle sera difficile voire impossible, et plus on sera forcé de laisser les choses se faire. C’est maintenant qu’il faut agir. On voit encore dans la population trop d’attitudes inadaptées et inconscientes ces jours derniers. Le message n’est pas encore entré.

    Nos autorités sanitaires sont confrontées à trois options principales :

    1/ La première – qui peut paraître cynique – serait de considérer que plus il y aura d’individus infectés, mieux cela permettra à la population de s’immuniser, et l’épidémie ira à sa fin naturelle, manquant d’individus immunologiquement naïfs. C’est le principe de l’immunité de groupe. On peut calculer que si 60 % de la population était infectée, l’épidémie s’arrêterait. par impossibilité de circulation du virus dans la collectivité. Mais cela serait au prix d’une épidémie très brutale, d’une durée relativement limitée certes, mais avec un coût ahurissant en formes graves. On l’a vu lors de l’épidémie de grippe asiatique au Royaume-Uni en 1957. Pendant une semaine à dix jours, le système de santé a implosé, parce que le personnel de santé était malade, les équipements insuffisants, le nombre de patients graves énormes.

    2/ L’ « approche chinoise », totalement inverse : l’isolement massif des villes et des individus semble efficace avec un contrôle indiscutable de l’épidémie. Le risque est que peu d’individus aient été infectés (taux d’attaque réduit du fait du confinement) ; étant restés naïfs à ce virus, ils sont sujets à un retour du virus et risquent un rebond épidémique, ce qui justifie leur crainte d’un retour de la maladie des zones actuellement infectées comme l’Europe. D’où la nécessité absolue d’un vaccin pour éviter ces possibles rebonds.

    3/ La position intermédiaire qui est la nôtre est d’écraser le pic épidémique pour l’étaler dans le temps, en espérant qu’un peu moins de 60 % de la population sera finalement infectée et surtout que l’ensemble du dispositif sanitaire sera préservé. À quoi s’ajouterait, on l’espère, le génie évolutif des maladies infectieuses dont parlait Charles Nicolle, pour nous permettre de nous dégager de l’épidémie, mais il est encore très difficile de faire des pronostics sur la durée de l’épisode. L’épidémie est d’abord et avant tout entre nos mains.

    Les traitements

    Outre la prévention, il est indispensable de trouver des traitements antiviraux pour diminuer le degré de gravité de certaines formes de la maladie et bloquer la transmissibilité d’individu à individu si un usage large en était possible. Il s’agit d’abord du « repositionnement » de certains médicaments déjà éprouvés pour d’autres virus (comme le VIH), puis d’autres plus spécifiques de ce virus… et de ceux qui risquent de suivre.

    Il est aussi urgent de mieux comprendre la physiopathologie du SDRA afin d’en développer une pharmacologie dédiée utilisant des molécules repositionnées puis des molécules véritablement nouvelles.

    Ces maladies, comme Covid-19, font partie des maladies émergentes de demain. Il faut absolument trouver un vaccin efficace. La conception, la mise au point, la recherche et le développement, la validation, les études cliniques, les enregistrements auprès des agences de régulation, tout cela prend entre 8 et 12 ans pour un vaccin standard. C’est incompatible avec l’urgence d’une émergence. La capacité d’identifier de nouvelles cibles vaccinales s’est considérablement améliorée ces dernières années. On a déjà des vaccins candidats qui vont commencer à rentrer en essais cliniques, gérés de manière à aller le plus vite possible. Mais on sait que tout cela prendra au moins une année et ne permettra que de gérer les rebonds, les étapes finales, voire de prévenir la maladie dans d’autres continents comme l’Afrique, où des mesures d’isolement seront difficiles. Le vaccin est essentiel, tout le monde est concerné : l’Institut Pasteur, l’Inserm, etc. Mais il y a un temps scientifique de développement, et dans cette phase de vide, c’est nous, la façon dont nous comprenons cette maladie et la nécessité de ces mesures d’isolement et d’hygiène individuelle, qui avons notre destin entre nos mains. Ce n’est pas tous les jours que notre destin est aussi marqué par un événement. Les guerres modernes, ce sont les maladies infectieuses. Notre vie va changer.

  • Covid] La pression monte à l’hôpital psychiatrique de Laragne. [témoignage]

     

    Sandrine Giaime se présente comme une “infirmière ordinaire” mais elle est aussi une militante syndicale à la CGT. Alors que la pression de la pandémie sur les services de santé est de plus en plus concrète, elle nous livre un récit factuel sur l’état de son travail, et de celui de ses collègues, au sein de l’Hôpital psychiatrique de Laragne. 

    Vendredi

    Vendredi dernier en urgence nous sommes allés chercher des tenues pour le week-end mais il n'y en aura pas suffisamment pour la semaine d'après et les tailles sont aléatoires par manque de stock. Les visiteurs ont eu le droit de venir 1 personnes à la fois. Mais en psychiatrie malheureusement peu de patients ont de la visite.

    Les écoles ferment, les agents travaillant à l'hôpital ne peuvent pas s'arrêter pour garder leurs enfants. La mairie de Laragne demande aux familles d'appeler ce jour-là entre 14h00 et 16h pour inscrire les enfants. 

    Les horaires de garderie ne correspondent pas aux horaires hospitaliers. En temps normal, les nounous assurent le périscolaire mais elles n'ont plus le droit désormais. Pour les plus grands de moins de 16 ans et habituellement autonome avec les transports scolaires, ils sont coincé seul chez eux car les transports sont arrêtés.

    Les enfants des salariés de l'hôpital non pas le droit au confinement pour se protéger. Ils continuent à être en groupe quand c'est possible.

     

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    Lundi

    Lundi, le port du masque devient obligatoire mais il n'y a que 2 boîtes pour tout le service. La pénurie est malheureusement nationale. Il nous est demandé de garder le même pendant tout notre service puis de le mettre dans une enveloppe pour le réutiliser dans 15 jours ! Sera-t-il de nouveau neuf ?

    Le gel hydroalcoolique est rationné, mais nous privilégions de toutes façons le lavage des mains au savon.

    Nous avons des permis de circulation fait par la direction pour nous rendre au travail.

    Pour les patients hospitalisés les visites sont interdites. 

    L'hôpital de Laragne a uniquement des services de psychiatrie ouverts. Mais actuellement les patients ne peuvent plus sortir de l'hôpital. Ils sont limités pour aller retirer de l'argent. C'est un soignant qui va faire les achats groupés de tabac 3 fois par semaine pour diminuer les déplacements. Cette gestion est compliquée pour la population que nous accueillons. 

     

    Mardi

    Mardi les personnes ayant la santé fragile se mette pour certaines en arrêt de travail, nous sommes donc à un niveau critique du19990998342_f0ff770481_o nombre de psychiatres. Elles ne sont plus que 2,5 équivalent temps plein (au lieu de 7…) pour la psychiatrie adulte qui s'étant de Laragne à embrun et ses environs.

    Les accueils des adultes et enfants en ambulatoire sont réduits. Mais cette situation génère de l'angoisse chez les plus fragiles. De nombreux patients nous téléphone pour être hospitalisés mais nous n'avons plus de place car 15 lits ont étaient fermés il y a quelques jours.

    Toutes ces restrictions et contraintes font que des personnes qui étaient en passe de se stabilisés rechutent. Et d'autres en détresse ne peuvent pas être accueillies. 

    Si l'épidémie prend de l'ampleur, nous pouvons être appelé à renforcer le CHICAS et/ou accueillir des malades du covid 19 en ouvrant un service en urgence. Dans ces 2 cas, nous serions en grande difficulté en nombre de personnel.

    Les personnels les plus précaires même avec une santé fragile restent au travail avec angoisse car nous avons une prime de fin d'année soumise à présence équivalente à un 13ème mois dont ils ne peuvent se passer.

    Le travail des ASH monte en charge car les désinfections surtout des poignées de porte sont augmentés.

    Dernière nouvelle il ne reste plus qu'un chauffeur au lieu de 4, tous en arrêt maladie mais pas à cause du coronavirus. Les électriciens et plombiers remplacent les chauffeurs en arrêt de travail pour que nous soyons livrés en linge, nourriture et médicaments.

    Il ne faut pas parler que des soignants. Les autres agents sont aussi en contact avec les patients et touchés par les arrêts maladies en cascade.

    Sandrine Giaime

     

    23979197850_e0f52a860e_oHôpital de Laragne

    • 75 personnes âgées EHPAD et Usld. Du médico social (MAS et FAM).
    • Nous avons un CMP à veynes, à Gap à embrun et à laragne. Des appartements thérapeutiques à Gap et laragne. Des hôpitaux de jours à Gap et laragne.
    • Un service d'addictoligie à laragne.
    • Nous intervenons aux urgences de gap (et dans tout le CHICAS) et embrun.
    • La pédopsy est à Laragne, Briancon et surtout Gap où sont les lits d'hospitalisations.

    Nous suivons plus de 3000 personnes.

  • L'orage finira, le soleil reviendra ...

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