« Il reste à inventer un statut du saisonnier »
[ 03/07/09 ]
Comme chaque été, les syndicats se mobilisent sur les droits des saisonniers. La CFDT démarre aujourd'hui la dixième édition de sa campagne « Jobs saisonniers : vos droits ne sont pas en vacances ». L'occasion de faire le point sur cette population très émiettée avec le sociologue Richard Dethyre, auteur de l'ouvrage « Avec les saisonniers » (éditions La Dispute).
Vous travaillez sur et avec les travailleurs saisonniers depuis longtemps. Quelles sont les caractéristiques de cette population ?
Parmi les 400.000 saisonniers, une partie sont des jeunes qui travaillent pendant leurs vacances, dont 41 % disent travailler pour payer leurs charges et assurer leur quotidien pendant l'année, selon une enquête de la JOC réalisée en 2008. Les autres sont des professionnels du tourisme qui travaillent jusqu'à huit mois par an en plusieurs contrats et parfois sur plusieurs sites. Ce sont des salariés à la fois qualifiés et précaires. Ils n'ont en général pas choisi cette précarité, car le temps des « Bronzés font du ski » est révolu. Ils sont parfois employés au noir : 14 % des jeunes saisonniers travailleraient sans contrat. Et quand ils sont déclarés, ils sont en CDD saisonnier, donc avec des droits réduits, sans parler de leurs conditions de logement, notamment. Il n'est pas étonnant que ce soit un désert syndical, malgré les efforts des confédérations.
Qu'entendez-vous par droits réduits ?
La nouvelle convention d'assurance-chômage est revenue sur l'interdiction d'être indemnisé au-delà de trois ans à cumuler les CDD saisonniers, mais le patronat va revenir à la charge en 2010. Il reste un double malus pour le salarié : il n'a pas de prime de 10 % de fin de contrat comme dans les CDD classiques et il est indemnisé à peine plus de la moitié de ce que perçoivent les autres salariés alors qu'il cotise comme eux. Et puis, allez emprunter ou louer un logement avec ce type de contrat. La crise renforce encore tous ces inconvénients. Les gens prennent moins de vacances, donc les contrats sont plus courts et il est plus difficile de trouver du travail. Un certain nombre de saisonniers vont venir grossir les rangs des bénéficiaires du RSA.
Cette précarité n'est-elle pas inéluctable du fait de la saisonnalité ?
Non. Nous avons engagé avec plusieurs associations intervenant auprès de saisonniers, dont notamment la JOC, un travail de réflexion qui doit aboutir dans un peu plus d'un an à la tenue d'un forum social des saisonniers auquel seront associés les syndicats. Il reste à inventer un statut du saisonnier qui permettrait de reconnaître l'intermittence de ces salariés. Il pourrait prendre appui sur le contrat à durée indéterminée intermittent (CDII) qui existe déjà, sous réserve de l'améliorer. Les saisonniers créent d'importantes richesses : la France accueille 78 millions de touristes chaque année, pour un chiffre d'affaires de 140 milliards d'euros. Ils ne doivent pas être les oubliés de la sécurisation des parcours professionnels.

L’actualité médiatique vit au rythme d’un zapping étourdissant, dans lequel se succèdent les polémiques. Denis Sieffert l’écrit dans son dernier édito de l’hebdomadaire Politis : « Pour atteindre l’intensité sonore qui la placera au-dessus du tumulte ambiant, une information doit de nos jours être propulsée par ce carburant puissant et bon marché : la polémique ». Depuis la rentrée, la réponse à la crise du capitalisme, la faim dans le monde ou l’avenir de nos libertés n’ont jamais suscité autant d’intérêt médiatique que la nomination de Jean Sarkozy à l’EPAD, « l’affaire Frédéric Mitterrand » ou plus récemment la main malheureuse de Thierry Henri. Qu’importe le contenu, pourvu qu’on ait l’ivresse ! La posture et le scandale : voilà l’événement. L’initiative sur l’école organisée il y a une quinzaine de jours par un courant du PS à Dijon fut de ce point de vue frappante. Ce qui a été abondamment couvert, c’est la polémique suscitée par la présence de Ségolène Royal. Le duel Peillon/Royal, l’échange de noms d’oiseaux, a totalement pris le dessus sur ce qui s’est dit dans les tables rondes. A tel point que je n’ai trouvé nulle part dans les grands médias ce qui s’est raconté sur l’école, thème autrement plus intéressant que les batailles de courants et de leadership. La guerre de positionnement des personnalités a pris le dessus sur l’affrontement des idées. La visibilité médiatique d’une Rama Yade à droite ou d’un Manuel Valls à gauche est directement liée à leur capacité à faire polémique, à détonner dans leur propre camp. C’est une méthode aujourd’hui pour sortir du lot. Les deux candidats à la dernière présidentielle le savent bien, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal : c’est pour l’un et l’autre une part de leur recette. Si l’on veut exister médiatiquement, rien de mieux que de se positionner différemment des autres, d’avoir le sens de la formule ou de lancer une « petite phrase » assassine sur l’un de ses camarades.