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  • TRIBUNE. "Plus jamais ça !" : 18 responsables d'organisations syndicales, associatives et environnementales appellent à préparer "le jour d’après"

    Face à "la crise du coronavirus" des organisations syndicales, associatives et environnementales réclament "de profonds changements de politiques", pour "se donner l'opportunité historique d'une remise à plat du système, en France et dans le monde".

    Dans le quartier d'affaires de la Défense, le 24 mars 2020 (photo d'illustration).
    Dans le quartier d'affaires de la Défense, le 24 mars 2020 (photo d'illustration). (ALEXIS SCIARD / MAXPPP)

    "Plus jamais ça ! Préparons le 'jour d'après'", 18 responsables d'organisations syndicales, associatives et environnementales parmi lesquels Philippe Martinez (CGT), Aurélie Trouvé (Attac), Jean-François Julliard (Greenpeace) et Cécile Duflot (Oxfam), signent une tribune commune publiée, vendredi 27 mars, sur franceinfo.

    Ces organisations lancent un appel "à toutes les forces progressistes et humanistes [...] pour reconstruire ensemble un futur, écologique, féministe et social, en rupture avec les politiques menées jusque-là et le désordre néolibéral".


    En mettant le pilotage de nos sociétés dans les mains des forces économiques, le néolibéralisme a réduit à peau de chagrin la capacité de nos États à répondre à des crises comme celle du Covid. La crise du coronavirus qui touche toute la planète révèle les profondes carences des politiques néolibérales. Elle est une étincelle sur un baril de poudre qui était prêt à exploser. Emmanuel Macron, dans ses dernières allocutions, appelle à des "décisions de rupture" et à placer "des services (…) en dehors des lois du marché". Nos organisations, conscientes de l’urgence sociale et écologique et donnant l'alerte depuis des années, n’attendent pas des discours mais de profonds changements de politiques, pour répondre aux besoins immédiats et se donner l'opportunité historique d'une remise à plat du système, en France et dans le monde.

    Dès à présent, toutes les mesures nécessaires pour protéger la santé des populations celle des personnels de la santé et des soignant·e·s parmi lesquels une grande majorité de femmes, doivent être mises en œuvre, et ceci doit largement prévaloir sur les considérations économiques. Il s'agit de pallier en urgence à la baisse continue, depuis de trop nombreuses années, des moyens alloués à tous les établissements de santé, dont les hôpitaux publics et les Ehpad. De disposer du matériel, des lits et des personnels qui manquent : réouverture de lits, revalorisation des salaires et embauche massive, mise à disposition de tenues de protection efficaces et de tests, achat du matériel nécessaire, réquisition des établissements médicaux privés et des entreprises qui peuvent produire les biens essentiels à la santé, annulation des dettes des hôpitaux pour restaurer leurs marges de manœuvre budgétaires... Pour freiner la pandémie, le monde du travail doit être mobilisé uniquement pour la production de biens et de services répondant aux besoins essentiels de la population, les autres doivent être sans délai stoppées. La protection de la santé et de la sécurité des personnels doivent être assurées et le droit de retrait des salarié·e·s respecté.

    Des mesures au nom de la justice sociale nécessaires

    La réponse financière de l’État doit être d'abord orientée vers tou·te·s les salarié·e·s qui en ont besoin, quel que soit le secteur d'activité, et discutée avec les syndicats et représentant·e·s du personnel, au lieu de gonfler les salaires des dirigeant·e·s ou de servir des intérêts particuliers. Pour éviter une très grave crise sociale qui toucherait de plein fouet chômeurs·euses et travailleurs·euses, il faut interdire tous les licenciements dans la période. Les politiques néolibérales ont affaibli considérablement les droits sociaux et le gouvernement ne doit pas profiter de cette crise pour aller encore plus loin, ainsi que le fait craindre le texte de loi d’urgence sanitaire.

    Le néolibéralisme, en France et dans le monde, a approfondi les inégalités sociales et la crise du coronavirus s’abattra notamment sur les plus précaires.Les signataires de la tribune

    Selon que l’on est plus ou moins pauvre, déjà malade ou non, plus ou moins âgé, les conditions de confinement, les risques de contagion, la possibilité d’être bien soigné ne sont pas les mêmes. Des mesures supplémentaires au nom de la justice sociale sont donc nécessaires : réquisition des logements vacants pour les sans-abris et les très mal logés, y compris les demandeurs·euses d’asile en attente de réponse, rétablissement intégral des aides au logement, moratoire sur les factures impayées d'énergie, d'eau, de téléphone et d'internet pour les plus démunis. Des moyens d’urgence doivent être débloqués pour protéger les femmes et enfants victimes de violences familiales.

    Les moyens dégagés par le gouvernement pour aider les entreprises doivent être dirigés en priorité vers les entreprises réellement en difficulté et notamment les indépendants, autoentrepreneurs, TPE et PME, dont les trésoreries sont les plus faibles. Et pour éviter que les salarié·e·s soient la variable d’ajustement, le versement des dividendes et le rachat d’actions dans les entreprises, qui ont atteint des niveaux record récemment, doivent être immédiatement suspendus et encadrés à moyen terme.

    Trop peu de leçons ont été tirées de la crise économique de 2008.Les signataires de la tribune

    Des mesures fortes peuvent permettre, avant qu’il ne soit trop tard, de désarmer les marchés financiers : contrôle des capitaux et interdiction des opérations les plus spéculatives, taxe sur les transactions financières… De même sont nécessaires un contrôle social des banques, un encadrement beaucoup plus strict de leurs pratiques ou encore une séparation de leurs activités de dépôt et d’affaires.

    Des aides de la BCE conditionnées à la reconversion sociale et écologique

    La Banque centrale européenne (BCE) a annoncé une nouvelle injection de 750 milliards d’euros sur les marchés financiers. Ce qui risque d’être à nouveau inefficace. La BCE et les banques publiques doivent prêter directement et dès à présent aux États et collectivités locales pour financer leurs déficits, en appliquant les taux d’intérêt actuels proches de zéro, ce qui limitera la spéculation sur les dettes publiques. Celles-ci vont fortement augmenter à la suite de la "crise du coronavirus". Elles ne doivent pas être à l’origine de spéculations sur les marchés financiers et de futures politiques d’austérité budgétaire, comme ce fut le cas après 2008.

    Cette crise ne peut une nouvelle fois être payée par les plus vulnérables.Les signataires de la tribune

    Une réelle remise à plat des règles fiscales internationales afin de lutter efficacement contre l'évasion fiscale est nécessaire et les plus aisés devront être mis davantage à contribution, via une fiscalité du patrimoine et des revenus, ambitieuse et progressive.

    Par ces interventions massives dans l’économie, l’occasion nous est donnée de réorienter très profondément les systèmes productifs, agricoles, industriels et de services, pour les rendre plus justes socialement, en mesure de satisfaire les besoins essentiels des populations et axés sur le rétablissement des grands équilibres écologiques. Les aides de la Banque centrale et celles aux entreprises doivent être conditionnées à leur reconversion sociale et écologique : maintien de l'emploi, réduction des écarts de salaire, mise en place d'un plan contraignant de respect des accords de Paris... Car l'enjeu n'est pas la relance d'une économie profondément insoutenable. Il s’agit de soutenir les investissements et la création massive d’emplois dans la transition écologique et énergétique, de désinvestir des activités les plus polluantes et climaticides, d’opérer un vaste partage des richesses et de mener des politiques bien plus ambitieuses de formation et de reconversion professionnelles pour éviter que les travailleurs·euses et les populations précaires n’en fassent les frais. De même, des soutiens financiers massifs devront être réorientés vers les services publics, dont la crise du coronavirus révèle de façon cruelle leur état désastreux : santé publique, éducation et recherche publique, services aux personnes dépendantes… 

    Relocalisation de la production

    La "crise du coronavirus" révèle notre vulnérabilité face à des chaînes de production mondialisée et un commerce international en flux tendu, qui nous empêchent de disposer en cas de choc de biens de première nécessité : masques, médicaments indispensables, etc. Des crises comme celle-ci se reproduiront. La relocalisation des activités, dans l’industrie, dans l’agriculture et les services, doit permettre d’instaurer une meilleure autonomie face aux marchés internationaux, de reprendre le contrôle sur les modes de production et d'enclencher une transition écologique et sociale des activités. 

    La relocalisation n’est pas synonyme de repli sur soi et d’un nationalisme égoïste. Nous avons besoin d’une régulation internationale refondée sur la coopération et la réponse à la crise écologique, dans le cadre d'instances multilatérales et démocratiques, en rupture avec la mondialisation néolibérale et les tentatives hégémoniques des États les plus puissants. De ce point de vue, la "crise du coronavirus" dévoile à quel point la solidarité internationale et la coopération sont en panne : les pays européens ont été incapables de conduire une stratégie commune face à la pandémie. Au sein de l’Union européenne doit être mis en place à cet effet un budget européen bien plus conséquent que celui annoncé, pour aider les régions les plus touchées sur son territoire comme ailleurs dans le monde, dans les pays dont les systèmes de santé sont les plus vulnérables, notamment en Afrique.

    Tout en respectant le plus strictement possible les mesures de confinement, les mobilisations citoyennes doivent dès à présent déployer des solidarités locales avec les plus touché·e·s, empêcher la tentation de ce gouvernement d’imposer des mesures de régression sociale et pousser les pouvoirs publics à une réponse démocratique, sociale et écologique à la crise.

    Plus jamais ça ! Lorsque la fin de la pandémie le permettra, nous nous donnons rendez-vous pour réinvestir les lieux publics et construire notre "jour d’après". Nous en appelons à toutes les forces progressistes et humanistes, et plus largement à toute la société, pour reconstruire ensemble un futur, écologique, féministe et social, en rupture avec les politiques menées jusque-là et le désordre néolibéral.

    Retrouvez ci-dessous la liste des signataires :

    Khaled Gaiji, président des Amis de la Terre France
    Aurélie Trouvé, porte-parole d'Attac France
    Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT
    Nicolas Girod, porte-parole de la Confédération paysanne
    Benoit Teste, secrétaire général de la FSU
    Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France
    Cécile Duflot, directrice générale d'Oxfam France
    Eric Beynel, porte-parole de l'Union syndicale Solidaires
    Clémence Dubois, responsable France de 350.org
    Pauline Boyer, porte-parole d'Action Non-Violente COP21
    Léa Vavasseur, porte-parole d'Alternatiba
    Sylvie Bukhari-de Pontual, présidente du CCFD-Terre Solidaire
    Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole de Droit au Logement
    Lisa Badet, vice-présidente de la FIDL, Le syndicat lycéen
    Jeanette Habel, co-présidente de la Fondation Copernic
    Katia Dubreuil, présidente du Syndicat de la magistrature
    Mélanie Luce, présidente de l'UNEF
    Héloïse Moreau, présidente de l'UNL

  • Tous les soirs, à 20 h, … … nous applaudissons … mais …

    Ma maman est décédée à l'hôpital de Valence en juillet 2019. Après un passage difficile (oserais-je dire inhumain ?) dans un service des Urgences comme à l’accoutumé débordé (et encore, elle a eu la chance cette fois de passer très vite d’un brancard à un lit) elle y a été très bien accueillie et soignée, mais, à 93 ans, bien fatiguée, elle s’est éteinte tout doucement.
    A ce moment là, on pouvait encore entrer dans les hôpitaux et rendre visite à ses proches malades. Et on ne pouvait manquer de voir des grandes banderoles accrochées aux grilles de l'entrée et au fronton de l’établissement : « Hôpital en grève ! » et « Urgences en grève. »
    Trois mois qu’elles étaient posées là par les personnels soignants et leurs syndicats (appel national de la CGT, de FO, de Sud et la CFE-CGC). Huit mois après, en ce moment de crise épidémiologique, el-les y sont toujours. Car, mis à part quelques beaux discours, quelques aumônes financières (des rustines sur un pneu usé proche de l’éclatement) de l’ancienne Ministre de la Santé (celle qui savait pour le Covid 19, mais qui n’a rien dit et qui s’est vite carapatée) rien depuis n’a évolué dans leurs revendications. Et ce n’est pas nouveau, cela fait 20 ans que les gouvernements successifs, de la Droite de Sarko, à la ni Droite-ni Gauche de Macron, en passant par la pseudo Gauche d’Hollande agissent ainsi. Tous continuant à cas-ser ou à privatiser le service public de santé et ses personnels.
    Ces derniers se battent. Soutenus par l’opinion publique. A la question « Quel métier admirez-vous et respectez-vous le plus ? » les français plébiscitent à chaque fois les soignants, infirmiers et urgen-tistes en tête. Et compatissent.
    Mais la compassion ça leur fait une belle jambe à ces soignants. Ils fatiguent. Sous la pression, l’hôpital fissure de partout. On colmate comme on peut grâce à l’abnégation et au dévouement des per-sonnels. A leur immense professionnalisme.
    Cela déborde de partout. Un exemple parmi d’autres, un w.e. du printemps 2019, à l'hôpital Saint-Antoine à Paris. « 15 paramédicaux sur 19, épuisés par leurs conditions de travail, n'ont pas pu prendre leur poste » et « trois paramédicaux de l'équipe de jour ont dû rester pour continuer de prendre en char-ge les patients », travaillant ainsi « 18 heures d'affilée » en attendant « la relève de l'équipe du lendemain (Le Parisien) ».
    Ça va craquer. Et ça craque.
    Tout commence le 13 janvier dernier à l'hôpital Saint-Antoine justement, quand un patient frappe deux infirmiers et une aide-soignante, entraînant une incapacité temporaire de travail (ITT) de huit jours pour chacun d'entre eux. Le 18 mars, le service des urgences de cet hôpital entame une grève illimitée, soutenue par la CGT, FO et SUD. Dans la semaine qui suit 21 services de la région parisienne les rejoi-gnent.
    Le mouvement s’élargit très vite aux autres services d’urgence du pays. A partir du 18 mars, plus de 150 lieux sont impactés. Les grévistes s'indignent du manque de moyens alors que le nombre de patients pris en charge aux urgences est passé de 10 millions en 1996 à 21 millions en 2016. Les chirurgiens, les chefs de service et même certains grands patrons de ces hôpitaux soutiennent voire rejoignent le mouve-ment. Du jamais vu.
    Les infirmières valentinoises font le buzz avec l’enregistrement de « Ya d’la colère dans le cathé-ter » qui permet de populariser le mouvement qui est très bien perçu dans l’opinion publique. Les bande-roles s’installent. Les premières manifestations s’organisent.
    « On demande plus d'effectifs, 10 000 équivalents temps plein exactement, zéro hospitalisation sur des brancards, aucune fermeture de ligne de Samu ainsi qu'une prime de 300 euros mensuels nets en re-connaissance de la pénibilité de notre travail », précise Candice Lafarge du collectif Inter-Urgences.
    Rien de sérieux ne vient les rassurer. Au contraire, en décembre, ils se retrouvent parmi les pre-miers impactés par la Réforme des Retraites. Qui en rajoute sur le ras le bol. L’année 2019 passe, les ban-deroles sont toujours là. Le mouvement de grève se dilue dans les infos des médias. Disparait. D’autant plus que les personnels sont réquisitionnés et que contrairement à d’autres professions, ils ne nous gênent pas, nous les usagers, nous qui les applaudissons aujourd’hui.
    2020 commence mal. Le 17 janvier « le gouvernement oppose une fin de non recevoir au Collec-tif Inter Hôpitaux malgré plusieurs mois de grève dans les services d’urgences, un mouvement de mobili-sation national et plus de 1200 démissions de chefs de service. (CGT UFMICT Santé) »
    Le mouvement s’apprête à fêter (si l’on dose dire) un an de grève continue quand la France se re-trouve en quarantaine. Et les personnels soignants au premier rang du combat. Et avec des situations qui de plus que précaires sont appelées à devenir catastrophiques.
    Le 15 mars, le Président Macron s’adresse aux français. Du grand art de la politique à la brosse à reluire : « Je compte évidemment aussi sur tous nos soignants. Je sais tout ce qu'ils ont déjà fait, je sais ce qu'il leur reste à faire. Le Gouvernement et moi-même serons là, nous prendrons toutes nos responsabilités pour eux. Je pense à tous nos soignants à l'hôpital, qui auront les cas les plus graves à traiter mais aussi beaucoup d'urgences. Je pense aux médecins, aux infirmiers, aux infirmières, à tous les soignants qui sont aussi hors de l'hôpital qui se sont formidablement mobilisés et que nous allons de plus en plus solliciter dans les semaines à venir.
    (…) Le ministre de la Santé aura l'occasion aussi de préciser, dans les prochaines heures, les règles pour que nous vous aidions à bien vous protéger contre le virus. C'est le respect que nous avons envers vous, et c'est évidemment ce que la Nation vous doit. … »
    Et de conclure ainsi son discours : « Il nous faudra demain tirer les leçons du moment que nous traversons, interroger le modèle de développement dans lequel s'est engagé notre monde depuis des décennies et qui dévoile ses failles au grand jour, interroger les faiblesses de nos démocraties. Ce que révèle d'ores et déjà cette pandémie, c'est que la santé gratuite sans condition de revenu, de parcours ou de profession, notre Etat-providence ne sont pas des coûts ou des charges mais des biens précieux, des atouts indispensables quand le destin frappe. Ce que révèle cette pandémie, c'est qu'il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché. Déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner notre cadre de vie au fond à d'autres est une folie. Nous devons en reprendre le contrôle …. »
    Les infirmiers, les aides-soignants, les médecins des services hospitaliers et d’ailleurs, les comités de défense du service public hospitalier, les syndicats, les élus des zones rurales où on ferme maternités, urgences et soins ambulatoires, toutes celles et tous ceux qui ont soutenu les grévistes, pétitionné, mani-festé, tous n’en croient pas leurs oreilles. Vingt ans qu’ils le proclament. Vingt ans qu’on leur rit au nez, vingt ans que tout s’effondre.
    La preuve, les masques chirurgicaux, la plus simple et plus élémentaire protection du personnel soignant, même ça on n’est pas foutu de leur en fournir. Pourtant on les avait. On avait bien assuré la quantité pendant l’épidémie du H1n1. Mais, un jour des politiques (irresponsables, incompétents ou les deux ?), des administrateurs (fossoyeurs financiers), appuyés par les brillantes analyses des "sachant" et autres "experts" divers, ont décidé qu’on n’en avait pas besoin d’autant. Et ils ont coupé les cordons de la bourse. Rendront-ils des comptes ces gens là ?
    La situation devient intenable. La France 29ème nation au PIB par habitant (à égalité avec le Royaume Uni, devant le Japon), la France doit, comme un indigent pays du Tiers Monde, faire appel à l’aide internationale.
    Et c’est dans cette situation, à l’appel des "réseaux sociaux", tous les soirs à 20 heures, beaucoup d'entre nous se mettent sur leur balcon, à leurs fenêtres et applaudissent chaleureusement pour remercier ceux d'entre nous qui, par leur métier, sont au premier rang sur le front du combat contre le coronavirus. Nombreux, je le pense, sont de bonne foi. Nombreux aussi se donnent bonne conscience. La solidarité s’affiche pendant deux ou trois minutes, tous les soirs.
    Cela se passe dans les villes, dans les villages, dans les médias, sur les réseaux sociaux, dans l’hé-micycle du Sénat, …
    Combien sommes-nous à cet instant. Deux millions ? Cinq millions ? Plus ? Allez disons dix. Dix millions !
    Dix millions qui manifestent leur soutien … Enfin ! Parce que je n’ai pas souvenir que nous ayons été dix millions de personnes dans les rues lors des manifestations organisées depuis un an par les personnels des hôpitaux, leurs collectifs, leurs syndicats.
    Mais la situation exceptionnelle que nous vivons nous a ouvert les yeux. Et comme notre prési-
    dent l’a dit nous venons de prendre conscience que « Ce que révèle d'ores et déjà cette pandémie, c'est que la santé gratuite sans condition de revenu, de parcours ou de profession, notre Etat-providence ne sont pas des coûts ou des charges mais des biens précieux, des atouts indispensables quand le destin frappe. Ce que révèle cette pandémie, c'est qu'il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché. »
    L’engagement auquel le Président nous appelle est fort. La Nation l’a compris. Par leurs applau-dissements les français plébiscitent cet avenir.
    Alors, bien sûr, on sait tous que le Président et son gouvernement dans cette période de crise, d’angoisse, de peur, doivent rassurer le français lambda. Pas facile certes de gérer en ce moment, on le reconnait. Mais ils ont tous choisi d’y aller. Pour le meilleur (de leur carrière et de leur égo) et pour le pire.
    Alors ils communiquent. Se déculpabilisent. « Ce n’est pas nous, ce sont ceux qui avant … » En occultant le fait qu’ils y étaient déjà avant. Ils font de belles phrases. Envahissent les écrans. Essaient de rassurer. Justifient. Brassent. Crawlent. Dénoncent. Ils disent qu’ils ont compris. Qu’ils vont changer tout ça.
    Et ils promettent. Ils promettent. Le beurre, l’argent du beurre et même la laiterie et les vaches avec.
    Et pendant ce temps (une semaine de confinement déjà) les masques n’arrivent toujours pas.
    Nos politiques, nos énarques, nos décideurs, appuyés par les "sachant" et autres "experts" divers nous le disent tous : « Il y aura un avant et un après mars 2020. » Voila ce que retiendra l’Histoire du gouvernement Macron (2017-…).
    Et après ?
    Nos politiques seront-ils enfin à la hauteur ? Une fois les hommages aux disparus (malades, combattants) terminés, une fois la guerre gagnée, … un conseil de la Libération se mettra-t-il en place ? Un nouvel Ambroise Croizat apparaitra-t-il ? Un plan Santé digne de notre Nation sera-t-il enfin instal-lé ? La solidarité, celle que nous applaudissons tous les soirs, sera-t-elle enfin mise en place ?
    Et on verra enfin disparaître les banderoles
    Ou, encore une fois, une fois … politiques, énarques, décideurs, "sachant" et autres "experts" di-vers, toujours bonimenteurs, hypocrites, égoïstes, … « Paroles, paroles, paroles … » « Les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent. (Chirac ? Pasqua ? Henri Queuille ?) »
    Très vite on verra si c’est ce deuxième chemin qui se dessine. Si c’est le cas, …
    N’en doutons pas, les soignants se remobiliseront encore plus fort. Ils repartiront au combat, non pas contre une pandémie mais contre les assassins et les fossoyeurs du Service Public de Santé en Fran-ce. Ils appelleront à la grève, au rassemblement, à la manifestation …
    Et n’en doutons pas, nous tous, les dix millions qui les applaudissons tous les soirs à 20 h, tous nous les rejoindrons dans leur combat.
    Dix millions dans la rue. Chiche ?
    Ou alors … on a les élus qu’on mérite … nous aussi, dix millions, … bonimenteurs, hypocrites, égoïstes, … arrêtons d’applaudir.
    Le 23 mars 2020.
    Christian